RIVES ORAGEUSES
Opération bénigne ...tout s'est passé admirablement - rentrée le matin je suis ressortie en fin d'après-midi avec ordonances de soins à effectuer , classique - visite de contrôle dans un mois - Je repars aussi souriante que je suis arrivée - j'avais été la patiente la plus facile d'après l'infirmière de bloc qui me sourit ...tout va vraiement pour le mieux et je suis au top dans mon mental - la douleur que je vais devoir affronter je la connais déjà puisque opérée quelques années auparavent , ménisque également - Voilà des mois que je dérouille , j'avais retardé puis obligée - plus de choix - périmètre de déplacement rétréci à moins de 200m - un peu plus , un peu moins de douleur c'est pas grâve , à présent je vais vers le meilleur et ça encourage c'est clair ! Les jours passent - piqûres quotidiennes pour éviter une trombose - infirmières qui se relaient de deux jours en deux jours , elles sont de l'âge de mes filles , absolument adorables , compétentes ...elles ne font aucun mal quand elles piquent ( un plus appréciable que toutes n'ont pas ) Bref ça roule - j'ai un médicament à prendre dont je m'aperçois qu'il contient des opiacès...tiens ?...ça m'amuse ...le Toubib me drogue ( je rigole ) ...pendant 15 jours je prends ce truc , j'ai un moral d'acier , je me vois déjà refaire de la Montagne et deux fois le Pelvoux (euh...je plaisante ) La douleur est supportable et je commence à cavaler (si l'on peut dire ) je sors , me disant que la meilleure récup c'est encore de bouger et puis c'est dans ma nature de toujours bouger ,même si ce n'est pas forcèment très utile - la Montagne endurcit ....je suis endurcie...je vais pas me laisser avoir par tous ces bons conseils qui me disent et me répètent " tiens-toi tranquille" "repose-toi" "tu en fais trop Jusqu'à un matin où l'infirmière me met en garde " vous allez avoir des problèmes si vous ne vous reposez pas convenablement " ...et dans la bouche d'une Infirmière ce n'est pas à prendre à la lègère . En parallèle il me reste pour une semaine d'opiacès , pas un sou de plus mais je n'en ai cure , persuadée que le mieux ira aussi vite que ce que je l'ai cru - je me calme - j'écoute et j'obéis - je fais des cures de télé ...Heureusement qu'il y a Arte ! Merci Merci Merci Arté !!! la seule chaîne qui vaille et ce n'est pas la première fois que je le dis - J'y regarde un reportage sur l'Himalaya ...chez les Mongs , ce petit Peuple beau , tranquille , qui vit sainement dans un lieu magique à mes yeux ...je sais , la vie y est dure mais ils s'entraident , travaillent et se réjouissent ensemble - tout ce que l'on ne connaît plus ici, en France ! ça me fout un peu le blues...je n'ai plus aucun désir d'aller sur mon ordi et je n'écoute même plus les musiques , je donne un petit signe de vie et je ferme l'ordi - pas le coeur de visiter, pas le coeur de répondre , seulement très fatiguée , envie de dormir ...La cure d'opiacé est terminée depuis la veille et ça commence à tourner à l'orage dans ma tête ...je vais me coucher - les douleurs lancinantes dans toute la jambe m'interdisent tout sommeil - je la sens de plus en plus lourde et douloureuse...mon moral s'effiloche ...je tourne , je vire , je ne sais plus comment faire ...je pense...rien ne va plus ...j'ai envie de pleurer ...rien ne va plus....je pleure ....comme je n'avais pas pleuré depuis longtemps et là ça n'a rien a voir avec une émotion amoureuse engendrée par une musique qui aurait touché le coeur , ou un texte émouvant qui m'aurait harpagué...non , je pleure comme une andouille parce que j'ai mal , que je n'en vois plus la fin....Toutes les images les plus dramatiques me viennent à l'esprit , les gosses écrasés dans leur école en Haïti , Guillaume Depardieu et ses 18 opèrations , sa mort ...C'est une tempête dans un mental qui s'épuise ...j'en veux à Celui dont je ne comprends pas qu'Il permette tous les malheurs ...Y a - t-il seulement quelqu'un au bout du fil ?...C'est le trou ...le noir...la désespèrance pendant ces heures de cauchemard et je dois bien dire que ce fut une souffrance bien plus dure à supporter que celle que j'avais enduré jusqu'à ce moment ! Je me sens diluée , sur une rive orageuse dont je ne distingue plus que le danger de m'enfoncer encore un peu plus et j'ai peur ...oui j'ai peur ...Une petite lumière cependant me vient ...je réalise que je suis " en manque " comme on dit ...ce ne peut -être que ça ! Les pensées affreuses qui me submergent et dont la grâvité ne correspond à rien de sérieux en ce qui me concerne , ce ne peut être que ça !!! Je suis en manque , ni plus ni moins ! Le courage me revient un peu , je me relève pour prendre un antalgique codeïné ...il me permet de m'endormir et au matin je suis mieux - J'avais une leçon à prendre - j'ai réfléchi sur les affres que connaissent ceux qui , droguès pour raison médicale , doivent faire face au manque - Je ne suis pas près d'oublier cette nuit si dure ! Je sais qu'il y en a qui se sont inquiètès de moi , sentant venir le vent mauvais ...je leur en suis très reconnaissante , Chris , Ptitbouchon , pour ne citer que les deux plus proches , la liste est plus longue - je vous embrasse affectueusement - Je pense qu'expliquer ce qui m'est arrivé ne sera pas inutile - Comme quoi il y a toujours quelque chose à apprendre ...mais je m'en serais bien passée ! Je dois encore beaucoup me reposer et j'ignore à quel rythme je reprendrai mon blog , ce qui est sûr c'est que vous êtes bien là dans mon esprit ...même quand je me sens seule à mourir comme ce fut le cas - présents comme les miens ...pauvre Humanité si fragile . Je reprendrai mes visites demain matin, tranquillement , je dois aller me reposer mais ne le ferai pas sans vous avoir dit combien vous m'êtes chers tous et toutes ;-)) vous me rendez le sourire MERCI 